Un chien qui mange ses propres selles — ou celles d’autres animaux — est un comportement aussi répandu que déconcertant pour les maîtres. Ce comportement, appelé coprophagie, n’est pas systématiquement pathologique, mais il mérite d’être compris et pris en charge. Voici une analyse factuelle des causes possibles et des pistes d’action concrètes.
Qu’est-ce que la coprophagie chez le chien ?
La coprophagie désigne le comportement consistant à ingérer des matières fécales — les siennes propres, celles d’un congénère ou d’un autre animal (chat, lapin, cheval…). Ce n’est pas un terme médical au sens strict, mais un terme éthologique qui décrit simplement ce comportement observé chez de nombreuses espèces.
On distingue deux grandes formes :
- La coprophagie autoérotique : le chien consomme ses propres selles.
- La coprophagie allocoprophage : le chien consomme les selles d’un autre individu, souvent d’une autre espèce.
Ce comportement est signalé chez environ 16 à 23 % des chiens selon les études comportementalistes. Il est donc loin d’être exceptionnel, même s’il reste désagréable et, dans certains cas, problématique pour la santé.
Quand la coprophagie est-elle normale ?
Dans certains contextes, manger des selles est un comportement naturel et attendu chez le chien :
- La chienne allaitante lèche et ingère les déjections de ses chiots pour maintenir le nid propre et stimuler leur transit. C’est un comportement instinctif, sans signification pathologique.
- Le chiot de moins de 4-6 mois explore le monde avec sa gueule. Il peut ingérer ses propres selles ou celles de ses frères et sœurs par curiosité. Ce comportement disparaît souvent seul avec la maturation.
- L’ingestion de selles d’herbivores (cheval, lapin, vache) est fréquente en balade. Ces excréments contiennent des fibres fermentées et des micro-organismes qui semblent attirer certains chiens. C’est gênant, mais rarement dangereux.
Dans ces situations, la vigilance suffit. Si le comportement persiste au-delà des premières semaines chez le chiot, ou s’intensifie chez l’adulte, il convient d’en chercher la cause.
Les causes comportementales et environnementales
La majorité des cas de coprophagie chronique chez le chien adulte ont une origine comportementale ou environnementale. Plusieurs facteurs sont régulièrement identifiés :
L’ennui et le manque de stimulation
Un chien qui passe de longues heures seul, dans un espace peu stimulant, peut développer des comportements répétitifs pour s’occuper. La coprophagie en fait partie, au même titre que mâcher des meubles ou tourner en rond. Si votre chien est seul plus de 4 à 5 heures par jour sans activité prévue, c’est une piste à explorer en parallèle du comportement de chien malpropre ou anxieux.
L’anxiété et le stress
Un chien stressé — lors d’un déménagement, de l’arrivée d’un nouvel animal, ou dans un contexte de punitions fréquentes — peut ingérer ses selles par anxiété. Dans les anciens contextes éducatifs fondés sur la correction, certains chiens apprenaient à « faire disparaître les preuves » pour éviter une réprimande. Ce mécanisme, bien documenté par les comportementalistes, illustre pourquoi les méthodes punitives génèrent des comportements secondaires indésirables.
La recherche d’attention
Si, à chaque fois que le chien s’approche de ses selles, le maître réagit fortement (cri, course vers lui, geste brusque), le chien peut interpréter cette réaction comme de l’attention. Pour un chien en manque de contact, toute réaction — même négative — peut devenir un renforcement involontaire.
L’imitation et l’apprentissage social
Un chiot qui observe un congénère coprophage peut reproduire ce comportement par imitation. C’est moins fréquent, mais documenté dans les portées ou les foyers multi-chiens.
Les causes médicales et alimentaires à ne pas négliger
Avant toute approche comportementale, il est important d’écarter une origine médicale ou nutritionnelle, en particulier si la coprophagie est apparue soudainement chez un chien adulte qui ne la pratiquait pas auparavant.
- Carence ou malabsorption digestive : si l’alimentation est peu digeste ou inadaptée à l’âge et au gabarit du chien, une partie des nutriments se retrouve dans les selles — ce qui peut les rendre attractives. Un passage à une alimentation de meilleure qualité peut suffire à réduire le comportement.
- Parasites intestinaux : les infestations parasitaires modifient la composition des selles et peuvent créer des carences. Une vermifugation régulière et adaptée est un prérequis incontournable.
- Troubles pancréatiques ou digestifs : insuffisance pancréatique exocrine, syndrome de malabsorption, diabète… Ces pathologies provoquent une faim chronique ou une mauvaise assimilation des nutriments. Seul un vétérinaire peut les diagnostiquer.
- Prise de certains médicaments (corticoïdes notamment) qui augmentent l’appétit de manière importante.
Si la coprophagie est récente, intense, ou accompagnée d’autres signes (perte de poids, poil terne, diarrhées, vomissements), consultez votre vétérinaire en priorité avant toute approche éducative.
Les risques pour la santé
L’ingestion de selles expose le chien à plusieurs risques sanitaires :
- Transmission de parasites : oeufs d’ascaris, giardia, toxocara… présents dans les matières fécales peuvent être réingérés et entretenir une infestation chronique.
- Transmission de bactéries pathogènes : salmonelles, campylobacter, etc.
- Risques pour les humains : un chien coprophage qui lèche les mains ou le visage de son maître peut transmettre certains agents pathogènes, en particulier à des personnes immunodéprimées ou aux jeunes enfants.
Ces risques justifient de traiter le problème, même si le chien ne semble pas en souffrir directement.
Solutions pratiques : comment agir au quotidien
Il n’existe pas de remède universel, mais une combinaison de mesures est souvent efficace sur la durée.
1. Ramasser immédiatement les selles
La solution la plus directe : supprimer l’accès à l’objet du délit. À la maison, dans le jardin comme en balade, ramassez les selles dès qu’elles sont produites. Cela casse le circuit avant même qu’il ne s’amorce.
2. Travailler l’ordre « laisse » ou « non »
Apprendre à votre chien à lâcher sur commande ou à répondre à un signal d’interruption lui permet de rediriger son attention. Cet apprentissage repose sur le renforcement positif — une méthode qui consiste à récompenser les comportements souhaités plutôt qu’à punir les comportements indésirables. Il est plus durable et génère moins d’effets secondaires anxieux.
3. Enrichir l’environnement et augmenter l’activité
Si l’ennui ou le manque de stimulation est en cause, augmenter les sorties, proposer des jouets d’occupation (comme un tapis de léchage ou un kong), et diversifier les interactions diminue significativement la fréquence du comportement. Les jouets d'occupation sont un outil simple et accessible pour mieux occuper un chien seul.
4. Ne pas réagir de façon excessive
Crier, courir vers le chien ou le gronder après le fait est contre-productif. Soit cela renforce le comportement (attention obtenue), soit cela augmente l’anxiété — qui est parfois à l’origine du problème. Restez calme, redirigez sans drama.
5. Revoir l’alimentation
Si les selles contiennent des résidus alimentaires visibles ou ont une odeur particulièrement attractive, un changement de croquettes (meilleure digestibilité, composition plus adaptée) peut réduire l’attrait des selles. Votre vétérinaire peut vous orienter.
6. Les compléments répulsifs
Il existe des compléments alimentaires (à base d’ananas, de courge fermentée, ou de certains acides aminés) qui modifient le goût des selles et les rendraient moins attractives. Les résultats sont variables et non garantis — ils peuvent constituer un appoint, pas une solution unique.
Quand consulter un professionnel ?
Certaines situations justifient de ne pas rester seul face au problème :
- La coprophagie est apparue brutalement chez un chien adulte qui ne la pratiquait pas : consultation vétérinaire en premier lieu.
- Elle s’accompagne de symptômes physiques (amaigrissement, troubles digestifs, léthargie) : priorité au vétérinaire.
- Elle persiste malgré plusieurs semaines de gestion environnementale et éducative, ou s’intensifie : un comportementaliste canin certifié peut affiner le diagnostic comportemental et proposer un protocole de contre-conditionnement (technique qui consiste à remplacer progressivement une réaction indésirable par une réaction positive face au même stimulus).
- Elle est associée à d’autres comportements anxieux (destructions, vocalises, hyperattachement) : ces signaux combinés suggèrent une anxiété plus profonde, qui mérite une prise en charge globale. L’article sur l’anxiété de séparation chez le chien peut vous aider à y voir plus clair.
Pour savoir comment choisir un professionnel compétent et bienveillant, consultez notre guide sur comment choisir un éducateur canin.
Questions fréquentes
Mon chien mange ses crottes : dois-je m’inquiéter ?
Pas nécessairement. Chez le chiot ou la chienne allaitante, c’est souvent normal. Chez l’adulte, si le comportement est récent, fréquent ou accompagné de symptômes physiques, une consultation vétérinaire s’impose pour écarter une cause médicale avant d’agir sur le plan comportemental.
Comment empêcher mon chien de manger ses crottes ?
La combinaison la plus efficace : ramasser les selles immédiatement, enrichir l’environnement pour réduire l’ennui, apprendre un ordre d’interruption par renforcement positif, et revoir l’alimentation si nécessaire. Il n’existe pas de solution unique qui fonctionne pour tous les chiens.
Mon chien mange le caca du chat, est-ce dangereux ?
C’est fréquent et lié à l’attrait des selles de carnivores, riches en protéines. Le risque principal est la transmission de parasites. Rendez la litière inaccessible au chien (placer la litière en hauteur ou derrière une barrière) et veillez à vermifuger régulièrement les deux animaux.
Pourquoi reste-t-il des aliments non digérés dans les selles de mon chien ?
Cela peut signaler une alimentation peu digestible, une malabsorption intestinale ou un transit trop rapide. Ces résidus rendent les selles plus attractives pour le chien. Un bilan vétérinaire et éventuellement un changement d’alimentation sont les premières pistes à explorer.
La punition peut-elle aggraver la coprophagie ?
Oui. Gronder le chien après le fait ou réagir avec excès peut augmenter son anxiété — une cause fréquente de coprophagie — ou lui apprendre à manger ses selles rapidement pour éviter la réprimande. Une approche calme, par redirection et renforcement des bons comportements, est bien plus adaptée.